13.08.2007

Moi aussi je t'aime à cinq heures du matin sur les Rolling Stones et merci pour Fante.

 

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Jeudi je serais sur la plage de saint malo en plein vent je suppose, comme tous les ans et j'anticipe une boule dans l'estomac que les probabilités soient minimes et pour emmerder le hasard je porterais les fringues les plus absurdes possibles. (J'écoute les Cramps, est-il encore possible de déclarer celà sans connotation dddéplorable? Les Cramps quoi. New Kind Of Kick rhhhhhha.) J'essaierais de passer à la Route du Rock, hein.

Bref, c'est l'avant parenthèse que nous discutions devant l'Eglise ce samedi soir, les jambes emmêlées, discourrant également sur, plus ou moins dans l'ordre, les paroles d'Ex Fan Des Sixties (Est-ce vrai que Jane cite T.Rex? Je n'en ai aucun souvenir), le diamètre d'un Mars ou l'année de disparition de Brian Jones (69 pas 68!). Babé porte LA tenue ringarde nec plus ultra, Levis taille haute, pull blanc cassé sans manches informe aux motifs invraissemblablement laids, cheveux ébouriffés, on se marre, je l'aime. Je porte une robe bleue toute froissée. Babé fait l'éloge de mes jambes. Je hausse les épaule. C'est le vélo, ça, dis-je. Snif. Le grec est fermé alors on se fait un libanais, on s'émêche à la fausse absinthe (infâme ârôme de plantes mais 55 degrés.) Puis, adieux déchirants. Quinze jours, noooon quinze jouuuuuurs! On se tourne le dos, on fait mine de s'en aller, on se retourne et court vers l'autre, on s'embrasse, je m'enfuis vers chez moi. Quand j'arrive dans le coin, il est un peu tard. Les rues sont désertes. J'ai soudain une étrange apparition : Cinq garçons torse-nus vêtus de pantalons cigarette blanc jouent au badminton en plein milieu d'une avenue. Je longe les murs. Arrivée chez moi, je dois me rendre à l'évidence : Mes clés ne sont pas dans mon sac.

Ainsi je me retrouve, à six heures du matin, recroquevillée sur un perron étranger, lisant John Fante (La Route de Los Angeles), sirotant la fausse absinthe infecte. Des gens passent promenant leurs chiens, me jettent le même regard ahuri. J'attends qu'il y ait de la lumière dans la cuisine, je suis polie. Alors je lis Fante et je guette la lumière à la fenêtre. C'est bizarre, ça finit toujours de la même manière.

 

 

Dans la note précédente je vous offrait Baudelaire, et pas pour rigoler. (J'hallucine) Tu sais quoi? J'ai le futur régressif & une obsession au présent. (Phases de contes compulsifs, essai + brouillon de trame narrative blabla franchement mauvais mais il faut que ça sorte les amis .)

Bonnes vacances.

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Venus  (I)

 

L’air est emprunt de nectar et de grains de pollen, la vie fourmille en ce jardin dans des bruissements d’herbes folles. Des débris de bac à fleur en terre, paillettes ocre, dispersées au milieu des pissenlits, des mousses et des bruyères et de quelques rares coquelicots. La végétation en friche a recouvert la pierre, un grand crapaud sculpté figé dans la surprise émerge à peine d’une gerbe de brins jaunis. Il se souvient. Le même air de Mai et la même mélodie légère et volubile du printemps en son sacre, nature émoustillée comme un appel à la vie et à la renaissance, les effluves fortes et enivrantes des espèces sauvages dans le jardin délaissé. Derrière le muret effrité, la chaise de jardin, orpheline dont la laque blanche s’écaille sur le fer forgé touché par la rouille, rivalise de raideur avec l’impassible tronc du vieil orme dégarni aux branches. Et il revoit ici, en ces lieux, son corps d’enfant appuyé contre l’arbre noueux à l’écorce rêche et odorante, suintant de sève comme d’une semence spontanée, sa robe froissée en mille plis relevée sur ses cuisses douces à la chair voluptueuse. Il se revoit à genoux, les mains agitées, le corps et l’esprit enflammés, il se souvient ô combien, dans ses songes nocturnes les draps froissés entre ses doigts et l’oreiller trempé de sueur,  il désirait une femme et comment il prit une fille en ce jour de printemps et comme tout lui paru étranger et amer. Car il aurait voulu qu’elle pleure, que les larmes salées coulent sur ses joues écarlates jusqu’à son ventre tendu et qu’elle s’accroche à lui, et elle s’agrippait bien à ses vêtements mais qu’est-ce que la mécanique, la mécanique du corps, encore et encore le roulement insidieux des membres et du soupir, délictueux, irrépressible, honteux dans l’inutile, son gémissement étouffé dans la chevelure brune emmêlée sur l’écorce, la main tendue vers l’infini puis d’un seul coup la porte qui claque, le vide, de nouveau, et puis après, la faim ?  Parce qu’il ne pouvait mesurer les élans de son corps quand son âme se plâtrait d’indifférence et de déception : La Souillure. A présent de désespoir il enrage, cela fait deux années, et ses doigts se crispent dans le vide et ses ongles s’enfoncent dans la chair tendue de ses paumes. Et au milieu du grand jardin abandonné, par-delà le bassin à carpes asséché depuis vingt ans, il gît à ses pieds, enserrant ses chevilles fines et froides. Et impuissant il se dresse sur ses genoux tremblants, la pupille frémissante et la bouche fiévreuse,  étend la main vers elle, vers son ventre stérile, palpe ses seins durs et morts, se pendant aux courbes de son corps d’albâtre, glacé et inébranlable, immense, sec et impénétrable, et il baise la pierre dont l’amertume lui glace le sang, et il jure et pleure son adolescence statufiée.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Venus  (II)

Je suis allongée les bras le long du corps, sous le drap frais, dans l’obscurité. Un fin rai de lumière grise filtre à travers les volets de bois. Une odeur obstinée de naphtaline agace, captive. Mes yeux parcourent la pièce, s’efforçant de deviner dans le noir quasi complet le décor de la chambre. Je ne pourrais fermer l’œil. Il fait même encore jour dehors. Mes paupières refusent de se baisser un instant, dès lors mes prunelles brûlent. L’odeur de la naphtaline me taraude. Je la sais assoupie dans les boules de bois, dans l’armoire grinçante entre les édredons, sous le lit. Je connais cette chambre par cœur et j’y vois comme en plein jour. Le papier peint se décolle au plafond et aux plinthes : Arabesques florales en tons bruns et orangés. La moquette est d’un vert olive affadi, la grande armoire menaçante fait face au lit. Il y a une autre couche, un petit lit pliant dans le coin droit, dessus de lit aux motifs m’évoquant un psychédélisme rustique,  mais il est vide. De chaque côté du grand sur lequel je gis, tables de chevet jumelles aux tiroirs vides, lampes sans ampoules, piluliers sans usage. La naphtaline est mon absinthe. Je sombre les yeux grands ouverts dans les volutes d’ombre et par la fenêtre ouverte, entre les volets de bois, filtre un rai de lumière grise et un murmure de voix atrophiée. Un pas qui s’éloigne, sous ma fenêtre, résonne dans l’entrée, fait crier l’escalier. Silence irréel. J’attends quelques instants. Je perçois le bourdonnement aigu et perfide d’un moustique, j’entends mon pouls sourd et lent, distant. Si distant. Je ne sais quel interrupteur fonctionne, ni même où il se trouve. A tâtons je longe les murs. Mes doigts s’agitent et paniquent d’eux-mêmes. Enfin j’effleure la poignée. La porte semble légère, fine, on la jurerait fausse, un décor de théâtre. Le couloir est plongé dans le noir, le sol craque sous mes pas cependant je rampe presque, craignant d’heurter le plafond, vers la lumière malsaine et teintée de gris au bout de ce tunnel tapissé. L’air est irrespirable de poussière et de renfermé. Au bout, sur la gauche, j’atteins la rampe. Face à moi, l’escalier raide me susurre que je ferais aussi bien de me jeter d’en haut. Je le descend presque assise, suspendue à la rampe, puis mes pieds nus rencontrent le carrelage froid. Couleur moutarde et fissuré. Poussiéreux et poisseux. La porte d’entrée devant moi est condamnée, seule la lumière du dehors peut se permettre de pénétrer à travers les carreaux en verre cathédrale. Je traverse une salle de bain, dépasse la salle de billard – fascinante avec ses guéridons couverts de velours où reposent des lampes aux abat-jour brodés rouge et or et des carafes de cristal, et bien sûr la table de billard, si majestueuse et intrigante en ce lieu – je traverse encore une cuisine et un petit salon, et me trouve face à la véritable porte  d’entrée, entrouverte. Je n’ai rencontré personne, c’est comme si ils avaient tous quitté la maison endormie. Je songe : Que va-t-il advenir de cette maison ? Va-t-on la démolir ? Bien sûr que tout doit tomber en ruine là-dedans, déjà. En attendant elle est habitée de faunes évanescents pendant qu’Elle perd la raison et qu’Il végète quasi paralysé dans un lit, chacun dans leur maison de « convalescence » respective. Je sors sur la terrasse. La nuit tombe doucement, un rideau de mousseline au quatorze juillet. Une brise veloutée. Le jardin baigne déjà dans l’obscurité parfumée, on entend des tourterelles, cachées dans cette grande étendue d’herbe tendre et de buissons. Les pruniers vigoureux dissimulent le garage. Tout au bout du terrain, une allée sablonneuse monte vers le grand portail en fer forgé noir. Au delà, les champs, la départementale, un clocher, l’horizon, le bleu et le mauve du crépuscule qui descend et une lune presque pleine. Il est assis sur la table de marbre, fixe l’horizon, les prunelles immobiles, sans ciller ; C’est assez impressionnant. J’avance d’un pas, peut-être deux, m’arrête, frêle et stupide dans l’air tiède et vaporeux. Il se retourne, plante ses deux iris noirs instantanément figés dans les miens qui palpitent en sourdine. Il dit : « Je l’ai tuée. J’ai tué une fille. Je m’approche d’avantage, des cailloux blessent mes pieds, je pose une main sur la table glacée, une autre dans ma poitrine creuse. Je dis : -          tu sais,  cette balustrade faisait autrefois partie d’un fameux château, j’ai oublié lequel seulement. (J’ai la pupille régressive et le souffle absent. ) -          Je l’ai tuée, elle n’avait que seize ans. (Je me cachais sous la table de billard, un jour j’y ai rencontré mon arrière grand-père mort depuis quinze ans.) -          Sont-ils cachés nus dans les buissons, à déguster des prunes juteuses se saoulant de liqueur de naphtaline ? Je les vois moqueurs et je sens le jus des fruits couler sur leurs torses. (Roseaux, rosiers, marguerites, pensées et primevères, azalée cachant leur sexe) -          Je l’ai tuée, ce soir. (Il baisse les yeux, il y a des taches rouges brunâtres sur le cuir) -          Ils s’accouplent avant l’heure et chantent pour les planètes. Il mêlent leur sueur aux trèfles sauvages et dorment dans une ouïe en position fœtale ils inhalent la suie des lampes à pétrole. (Ainsi te vois-je assis dans les cendres de mon enfance, la poussière de ma famille, dégoulinant de jeunesse d’insolence et de stupre, et je dois venir en ces lieux t’arracher ce que tu me pris, m’arracha la main sur mon sein gauche) -          D’abord tuée, puis morte. J’ai ingéré la nuance, j’ai capturé la déliquescence du crime. (Un gant de fer, un renard empaillé gueule grande ouverte, les salauds, et un beurrier d’argent.) -          Je me fous de tes doigts, je veux sentir la lame, dis-moi, pourquoi cette indifférence ? (Il fait nuit, tout est perdu, les cloches ont commencé à tinter, mais je n’aurais pas le temps d’en entendre tous les coups, proximité horodatée de la fin déjà je…) -          J’ai tué une fille, ce soir.»