18.06.2008

Me as well, when I wasn't aware, I had some talent

"Ben tu vois, il a mis sa dernière pine-co à la batterie, mais bon, tu vas pas vendre ta place non plus, enjoy quoi".

 

P   oser le Motobécane bleu azur

 

 

 

 

 

 

sur la rambarde rouillée du petit pont piéton

 

 

par dessus les voies ferrées, clichés par centaines de dizaines et encore plus dans l'hémisphère troisième droite, sueur au front, cuir rapé, chute dans les rosiers.  Regarder les trains passer sous toi sans vapeur et pas sans rêve, ne mesurer le temps qu'au passage des trains, dix minutes un quart d'heure en temps normal, mais là tu vois comme les jours d'été pointant sons longs et lourds, pesants mais versatiles, plus horodatés, intemporels : grève sur les rails et plus de minutes que des heures. les téléphones sont tous en dérangement pourtant il est si doux que d'être interrompus par les tranches de réseaux lorsque la loco serpente tout près, entre les herbes jaunes, coquelicots et bruyères, je suis tombée amoureuse ici il y a bien longtemps, de ces espaces cachés et immenses, et tu marches entre les rails poussant la bicyclette, ne pas regarder les horaires, s'assoire dans les herbes folles et frissonner dans le tourbillon gigantesque et la tempête soudaine quand les wagons défilent, fantômes bleus insaisissables. Pas un bruit vraiment humain, toi et toi seul et tes pensées moins sombres et bien plus lucides, nature métallique de sauvage industrie, ordre urbain bouleversé, impuissant et en friche. Les heures sont des minutes oui, et elles te sont délicieuses car ici rien ne t'appartient mais tu es toujours bienvenu. Un connard a mis en danger la vie d'écoliers dans un car, c'est la faute du système féroviaire, cent passages à niveaux seront désormais supprimés chaque année à cause de la connerie d'hommes, et personne n'est assez barge ou poète pour manifester avec moi.

 

La Fuite.

 

Trois juillet Brian Jonestown massacre au Bataclan, aussi.

 

Ca ne sert plus à rien de m'acheter ces vieilles bottes en cuir beige pour le Furia, ou peut-être que si, si je m'autorise à être assez nostalgique, barge ou poète.

Je voulais B, je voulais atteindre le Faune Cosmique, je me fouttais du simple mortel, je voulais faire l'amour au chantre de la violence aigre douce des sous sols; j'ai ramassé un dégoût pour un type répandu, je n'avais semé que des phrases infertiles.

 

ici il fait beau, le soleil tappe, il n'y a ni logique ni amour ni joie ni peine, il y a toi et toi seul et les mots prennent tout leur sens et en perdent à la foi leur signification littérale. car ici tu entends le bruit d'une bourrasque dans les coquelicots et les bruyères, et tu en pleurerai d'extase sans verser la moindre larme, bouche ouverte pour la vapeur chaude qui assèche ta bouche et te soulage le coeur.

 

 

 

 

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***

01.06.2008

...Si ce n'est tes yeux si sombres qui me rappellent l'espace...

you not speaker French.)

Me was French Cat with a rolling accent champaigne and a motor capote, me sang out of key when i was high you nice hotel nice bathtube and fine champaigne.)

 

 

 

 

 

 

 

TREVE DE PLAISANTERIES, QUI VIENT AVEC NOUS VOIR PETER HAYES & HIS MATES AU FURIA?

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*** pousse lentement le portail de fer forgé qui frotte avec réticence contre le sol inégal. L’herbe folle est en friche, jaunie et parsemée de fleurs sauvages, pissenlits et coquelicots sanglants dans la vie fourmillante d’un jardin au mois de mai. Sous ses tennis délavées crépitent des cailloux friables, des débris ocres de pots de fleurs tandis qu’il tente d’imprimer à sa rétine en éveil la magnifique insolence de l’emprise de la végétation sur la pierre, recouvrant les sujets dispersés parmi les herbes : Un crapaud sculpté bouche-bée noirci et recouvert de mousse, un couple de lièvres aux traits érodés, les brins du gazon ivre les fouettant tous dans la brise printanière, grimpant jusqu’aux chevilles fines et parfaites de la Statue obséquieuse, toute entière offerte et immortellement muette, recouverte de défécations d’oiseaux et de chutes de glycine.
(in V. (I) reprise ou réecriture conformément à la décence exigée injustement pour la bonne compréhension du lecteur. fuck off)

05.05.2008

"Non mais si tu as un problème, on peut aller dehors"

Le Dimanche De Bouvines,

 

 

 

 

 

 

 

 

 ou le récit millimétré et minutieusement horodaté de la sueur ruisselant sous les cottes de maille, glaives et enjeux phalliques brandits à bout de bras, l'honneur du mâle contre ces salauds de flamands, brisant la sainte quiétude du jour du Seigneur, cet impitoyable 27 juillet 1214.

"Sic Transit Gloria Mundi" Proféra Etienne de Bourbon, prophète éclairé à travers les âges.

Parallèlement, je tente de mettre fin à deux ans de chassé-croisé peut-être involontaire, et qui sait peut-être également pourrais-je espérer une issue heureuse bien que j'en doute fortement hahaha.

parce que ce que je voudrais t'expliquer, c'est que si tu regardes tout le monde aussi intensément de cette manière incroyablement étrange, tu vas finir par te faire casser la gueule.

Les folies sont les seules choses que l'on ne regrette jamais, proféra un autre génie mais, ça n'est même pas une folie, alors..

Bon et toi, tu n'as qu'à te barrer en tournée sur la lune et on n'en reparlera plus jamais.

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{Studio Wonderings are killing me}
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Bande Son : Bob Dylan - I want You (In "Blonde On Blonde" 1966)
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Fût un temps nous étions jeunes nous savions écrire
bébé tes chroniques ont perdu leur magie en même temps que leur candeur
tu aurais pû encenser à pléthores
mais la merde est partout dans les riffs et les beats has been
Dieu cet album est pire que de 67 il est irrémédiablement kitsch
J'ai par hasard trouvé un ou deux groupes nominaux pertinemment géniaux qu'on m'a volé pour faire de la merde encore
coller quelques photos sans légendes : baby je suis une gravure de mode quelques fois dans ma chambre à coucher peut-être même que j'ai ton Amour sur un mur placardé
Hmmm j'ai songé tu n'écrivais pas si mal quand c'était inspiré et court, va t'acheter de nouveaux t-shirts & cesse de porter ce caleçon seconde peau de couleur vive que portaient les cyclistes homos il y a quinze ans et encore
Les accords sont les mêmes pourquoi la mélodie du chant s'élève si différente génie aléatoire quand je retombe toujours sur du plagiat rengaine incapable de retrouver quelles notes piquées à quoi bouillie sonique j'exulte
mon futur beau-père est le meilleur ami de Miller Anderson, qui rejoint T Rex en 76 mais si moi j'ai pleuré en baisant le visage papier glaçé de Bolan vieux numéro corné et défraîchi de Crossroads
(Et la mère tournant le potentiomètre de l'autoradio à fond dans la Peugeot "Et c'est mon futur gendre!" et elle doit rire ou lui confier que c'est peut-être mal barré oh elle a enfanté le Doute avec un coeur d'agathe)
parfois je marche dans la rue et j'entends les vapeurs de ton souffle dans mon casque je porte cet espoir en moi comme un étendard sublime terminaison incertaine infinie de mon être en un delta de possibilités immenses ou inexistantes
et j'écoute des nappes de powerpop rassurante & je m'essaie au dernier Breeders, Kim Deal voix mi cristaline mi eraillée qui résonne étrangement comme un écho de mes vocalises intimistes lors des excès de clopes combinés aux inlassables angines
et le toujours sublime & aerien 'I know I saw an army die' No Aloha, un con fini a fait une video fine sur >Youtube- idée d'illustrer ce morceau par des vues sous marines 'motherhood means mental freeze' alors qu'un sale crétin de rascasse traverse l'écran yeux exorbités je mâche mes mots
Hier soir j'ai regardé sur Arte un film sur l'enregistrement du dernier Metallica 'St Anger' ce qui fait plaisir somme toute est de voir ô combien l'ambiance en studio est dix milliards de fois plus intenable que chez nous, imaginez si nous étions connus hahaha. J'espère mourir avant de sortir avec un biker Ca s'écoute.
Sinon je ravale le Festin Nu en me pourléchant les doigts de façon abjecte histoire d'écrire le meilleur essai sur la Beat Generation résumée en quatre feuillets que ce type tiendra jamais entre ses doigts.
Lumière.
Crève ma rétine Faune Cosmique & délecte toi de tout mon fluide.
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(...) Et debout toute la nuit, parlant, parlant et lisant le Kaddish à haute voix, écoutant
Ray Charles hurlant les blues aveugles sur le gramophone
rythme rythme - et le souvenir de toi dans ma tête trois ans après - Et les dernières strophes triomphantes d'Adonaïs à
haute voix - pleurant, comprenant notre souffrance -
Et la Mort est le remède dont rêvent tous les chanteurs, chantent, et se souviennent, prophétie dans l'Hymne Hébreu ou le Livre Bouddhiste des Réponses - et ma vision d'une feuille flétrie - à l'aube -
Rêvant en arrière, à travers la vie, Ton époque - et la mienne accélérant vers l'Apocalypse,
le moment final - la Fleur brûlant dans la lumière - et qu'advient-il après,
rêvant en arrière sur l'esprit même qui vit une ville américaine, entrevue
comme un éclair, et le grand rêve de Moi ou de Chine, ou toi
et la Russie fantôme, un lit défait qui n'a jamais existé –
comme un poème dans le noir - retour vers l'Oubli -
Plus rien à dire, et plus aucune raison de pleurer sinon les Êtres Rêvés pris au piège de la disparition,
soupirant, criant avec ça, achetant et vendant des morceaux de fantômes, s'adorant l'un l'autre
(...)
.
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Allen Ginsberg Kaddish, traduction Jacques Darras

01.05.2008

And all the little girls ask... "what time you guys playin'"..."what comes first, the music or the words?.."

Je ne me lève jamais à temps pour la séance de 14h de "Shine A Light" au Max Linder, cinq euros le mercredi : ça fait un bel acte manqué après réflexion, en fait oui.

Derrière le passage Josset il y a un trou béant abysse d'un chantier secret derriere de hautes pallissades. C'est beau la nuit si toi aussi le romantisme urbain te transcende. Sur la passerelle de bois j'écoute l'histoire de son père borderline, ce que j'ai la délicatesse de comprendre sans explications exhaustives. Ivres nous sommes plus cons les uns que les autres.

Mojito sur mon t-shirt Sonic Youth. Tu vois on essaye tous de se sentir plein de chaleur humaine ouvert et amoureux de l'autre.. Vapeurs acoustiques dj propagande, une nappe de filles teenage faussement délurées qui ont dû se paumer en chemin, en fait non, tu essayes d'avoir l'air indifférent et calme, et ton sourire nait aussi abruptement qu'il s'évanouit. Pourquoi ton regard est-il si froid? Reflet de vitre miroir, ton regard tranchant B, yeux si sombres et tu essayes tellement de poser un sourire naturel sur tes lèvres et je lutte tellement pour faire de même. Et les filles passent et rient et se pâment et les autres se prêtent parfois au jeu mais toi ton regard est une écorce vive deux scarabés d'ébène figés en plein vol luisant et sollenels. On ne va jamais s'en sortir, B. Ces yeux-là me tuent, parfois je me demande si ça n'est pas ce que tu souhaites vraiment. Ha pour le coup, ça ferait un beau meurtre.

Et ce baiser sur la banquette j'aime pas ça j'aime pas les gens 453123 fois par jour je m'interroge sur l'identité de l'enfant de salaud qui a eu un jour la dramatique idée d'inventer les autres. Blague à part.

 Je veux tout pour toi et rien à la fois, et j'aspire aux sommets et je continue de marteler mes quatre cordes dans un groupe que je n'aime pas qui tourne trop dont les morceaux ne me touchent plus dont les mélodies me semblent si froides et distantes et j'en oublie ce que je fais et je m'évade en plein set et je bondis sur place pour traverser la scène vers les tréfonds infinis du chantier; et, c'est toujours la répétition chiante et morne moquette grise et l'acoustique aléatoire des petits boxs de la Luna Rossa bordel de studio où je préfère fumer dans la cour. Jeudi c'est demain mais hey, voilà pas que l'on va jouer jusqu'à Châtillon maintenant avec les sosies des Libs & passer à la télé berbère.

Laisse moi baiser l'ombre de ton ombre, je t'admire tellement malgré tout d'avoir le courage d'oser être grandiose.

 

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(à la Féline, prostituées vestimentairement en mode gros fauve du garage rendez vous compte)
Bande Son : THE AUTEURS - Unsolved Child Murder (in "After Murder Park" 1996)

21.04.2008

Merde, je ne sais plus nous faire de mal // Haine dans tes prunelles la frustration a rongé ton paraître. Dot.

« Je suis finie je n’ai plus rien je ne veux plus jamais sortir » et l’obscurité du disque presque pop élégiaque d’où ne se détachaient plus que le mot gâchis & la complainte du monde.

De la Nostalgie considérée en tant que maladie chronique, regretter même le pire pour son appartenance au passé impalpable déjà celui de la minute précédente. Nostalgie de la souffrance et de l’auto propagande de la dépression sans création.

Tu me sers un bol de quaker oats à une heure du matin car chez moi les placards sont vides depuis longtemps l’été revient un jour sur trois et fumer délictueusement toutes nos soirées me délasse admirablement. Un clope et un autre clope, de mal en pis, le docteur a dit « C’est la cause d’une mauvaise hygiène de vie, vous fumez et vos veines sont assez fragiles les vaisseaux les plus fins explosent et ça vous fait ces petites tâches rouges là où la peau est tendue ».

Allongée lit étranger yeux rivés au plafond insomnie erreur illogisme incongruité méprise boule dans la gorge faiblesse idiote désirer un bref instant les gémissements et les soupirs de jeune fille de J  jamais pris ; attendre le matin les voir débarquer aussi frais que lorsqu’ils sont partis nous virer de leur lit investi sans scrupules, se lever marcher jusqu’au métro six heures du matin clameurs sur la place de la Bastille manifestation PS ils scandent des slogans inaudibles et brandissent des banderoles MITTERAND : tournage d’une production au budget minable en vérité. Ventre vide nausée paralysante renvois d’alcool. Plafonds blancs draps étouffants jamais a sa place toujours attendre de pouvoir s’échapper lettres tracées au feutre rose dans le bas du dos I love BK absurde pas comme ça plus comme ça dormir encore et

B. de nouveau soupirant sur le siège du train regardant défiler les paysages ‘tout ça m’emmerde’  et B soupirant à la terrasse d’un café du dix huitième et B soupirant et souriant quand même et déambulations ivres dans les magasins beau de voir ça dans le cœur d’un autre être.

Je me rappelle A m’abandonnant au paroxysme de la folie lacrymale FIAC octobre 2007 yeux trop embués pour retrouver mon chemin oreilles assourdies de voix brouhaha humain trébucher dans les rues ne plus retrouver le métro appeler C pour hoqueter au téléphone, abrutie de nuits blanches et de fièvre gens inhumains insensibles bordure de quai train à l’approche genoux vacillants se dire un peu plus et tout ça s’arrête et puis bien sûr monter dans le train et la terrible certitude rassurante d’être là demain quoi qu’il advienne. C me serre me shoote au lexomil je m’écroule dans ce bar plancher crasseux j’embrasse V sur un morceau de Primal Scream je vide mon cœur sur l’original on sait mais je ne dit pas tout quelques jours plus tard je perds V sans comprendre que le rictus monstrueux sur son visage je m’autorise ensuite à comprendre peu à peu pourquoi les choses en sont arrivées à ce stade mais pour V le mystère reste opaque

Mon jumeau né un jour avant moi le regarder me voir si j’avais été homme été complice et léger nuits bords de seine et whisky magasins de guitares tous les cafés de saint Paul te créer comme tu le voulais et ha V te perdre sans la moindre explication rationnelle essayer de recoller les morceaux et échouer lamentablement.

Mes vaisseaux explosent une heure du matin TV en sourdine rire et lui parler de toi te revoir J et progressivement l’évolution qui se joue sur tes traits Peau de Chagrin Dorian Gray Faust traits durcis prunelles vides blafard sec jusque dans tes sourires te savoir crier ta joie et ne voir que les tortures repoussées dans les recoins de ton âme exploser comme des vaisseaux fragiles à la surface de ton être ; tu as encore maigri ; est-ce que qu’un jour tu sauras enfin crier h.a.i.n.e et tout recommencer. Pas aussi cyclique que tu le crois.

Je ne t’en parlerais jamais et c’est un gâchis immense que tout ces faux semblants. H.a.i.n.e c’est beaucoup dire. Certaines choses insultent ta pensée et le reflet dans la glace.

Echoppe close rue silencieuse pour le premier soir ne plus jamais trébucher sur ces pavés sous cette lumière orangée martini dans la ruelle amour éthylique idiot mordre dans les paninis de N vin blanc promesses polaroids promesses sur le zinc brisées comme une corde trop tendue pas moyen de s’accorder ivre. (…)

 

 

 

 

 

Ho merde je ne sais même plus me faire du mal.

16.04.2008

Et après on en parle plus (parce qu'il y a ceux qui savent qu'il y a ceux qui savent et il y a ceux qui préfèrent ne pas savoir qu'il y en a...) : "UNTITLED" (Novembre 2007; mois du néant 01)

Le ciel céda à cinq heures treize de l’après-midi – Ca faisait déjà bien plus d’une heure qu’il s’était couvert d’une couche nuageuse noire et âcre, et à présent la pluie cinglante s’était mise à gifler le pare-brise. Dans l’autoradio tournait le Raw Power d’Iggy and The Stooges,  - ‘Your Pretty Face Is Going To Hell’- primaire et animal, mais d’une familiarité réconfortante. Elle lui tendit le paquet de Chesterfield. Il en ficha une entre ses lèvres, l’alluma, cracha ses poumons et lui tendit la clope. Ils fumèrent, à tour de rôle et en silence. Ils doublèrent un poids lourd ; Dans le coffre, le type heurta les hauts parleurs.

 

 

-         J’espère que ce fils de pute ne va pas saloper la sono avec son sang de bâtard.

 

 

Elle cilla, mais il était apaisé maintenant, et il avait ce profil d’éphèbe, alors elle sortit le polaroïd dézingué de sa besace de cuir élimé et le flasha sans un mot. Elle se regarda dans le rétro latéral et griffonna sur le cliché qui se révélait à peine

 

 

 

« Je crois bien que toi et moi avons un peu vieilli. »

 

 

 

 

Puis elle coinça la photographie sur le tableau de bord. Ils arrivaient à un péage, l’autoroute était quasi-déserte, il ralentit à peine en s’engageant sous la flèche verte, freina un peu abruptement. Mais ils étaient là, il les aperçu seulement après avoir lâché la somme à un garçon au visage dénué d’identité : les trois flics mouillés, apathiques, et d’autres dans un fourgon sur le bas-côté. Tous deux les regardèrent, dans la Peugeot crasseuse, lui derrière ses Aviators aux verres mercurisés, elle au travers des fenêtres quasi-opaques de ses Wayfarers. Il remonta la vitre et appuya sur l’accélérateur, et dans le rétroviseur il vit les flics arrêter la Mercedes briquée qui les suivait. Il se marra, elle sourit, il ne prit même pas la peine d’éviter un lièvre crevé au milieu de la voie, la voiture tressauta, l’Iguane s’étouffa, et on entendit le black heurter la sono.

 

Elle repensa à son air menaçant lorsqu’il les avait coincés ce matin-là à la sortie du café, un peu plus de six heures, ils avaient bu quelques expressos avant de prendre la route. Ils avaient ouvert le coffre et le type s’était pointé, une armoire à glace en fringues de sport. Puis elle se rappelle son ignoble grimace quand la lame du couteau suisse lui avait crevé le bide, et comment elle avait attrapé sans réfléchir le pack de bières dans le coffre et le lui avait balancé à la tête à trois reprises. Et lui, charcutant le gars à terre, les pupilles comme des soucoupes, l’écume aux lèvres, les mains tremblantes et maculées de sang. Alors elle avait pris l’appareil et avait tiré un polaroïd dantesque.

 

 

 

L’Iguane lâcha ses derniers hurlements, puis on entendit plus que la pluie battante, le vent, le glissement de la vieille 205, à toute berzingue. Il s’engagea sur la première aire de repos, se parqua juste devant le resto et coupa le contact. Ils se regardèrent. Une indescriptible atmosphère régnait dans cet espace confiné, derrière le pare-brise embué, leurs genoux remontés sous le menton depuis des heures, et ce silence. Et cet entendement, cette reconnaissance. C’était impossible. Elle ouvrit la portière à la volée, et ses jambes engourdies la portèrent à peine. Elle l’entendit verrouiller la caisse.

Ils se dirigèrent vers le Restoroute, néons crus et vitres grasses, il mourrait de faim et songeait qu’elle ne devait pas en mener bien large non plus,  d’ailleurs. Ils marchaient côte à côte, maintenant. Le restoroute était quasi désert, seules deux filles toutes en chair et en dents gloussaient en anglais à une table. L’endroit suintait de graisse, empestait la friture, comme si l’air ambiant transpirait l’huile et la crasse par tous les pores – C’était à pleurer. Ils commandèrent deux burgers, deux frites et deux grands colas, puis se posèrent à une table. Il commença à engloutir la bouffe sans trop réfléchir, alors elle l’imita, et leva les yeux de ses frites pissant l’huile et du burger infecte et rassis, pour oser planter ses prunelles dans les siennes. Ils avalèrent ainsi leur plateau avec une avidité hors de contrôle, sans se lâcher des yeux,  léchant leurs doigts dégoulinant de graisse et de ketchup. Ils se fixaient avec calme cependant, sous les mèches mouillées de leurs cheveux, fourrant impulsivement cette dégénérescence de repas dans leurs bouches. Elle le vit progressivement pâlir, et sa rétine trembler ; il baissa les yeux et essuya ses lèvres du revers de sa main. Cette scène était familière. Ils avaient perdu, il y avait longtemps. Il n’y avait plus de mots à oser en de pareilles circonstances. Les hauts parleurs se mirent à diffuser en sourdine, entre deux scies d’easy-listening de supermarché, un morceau des Clash. Tout cela était délicieusement absurde. Elle fixait froidement l’auréole écarlate sur la manche de son trench. Elle ne voulait pas croiser ce regard. Elle finit par dire, fouillant dans sa besace :

 

-         Tu veux prendre un café ? Je vais en faire deux, j’ai de la monnaie…

 

Sans attendre de réponse elle se leva. Il fallait d’abord acheter des jetons au comptoir puis les mettre dans la machine. Elle appuya sur la touche ‘expresso’ : la machine se mit à cracher un café nauséabond, et elle s’en foutait.

 

Lui s’était levé aussi, et tanguait vers les WC du restoroute, le teint blafard, et les yeux vitreux. Trop de bandes d’autoroutes, trop de verre du pare-brise lessivé comme une grève, trop de folie pour la fixer de nouveau ainsi, la lèvre tremblante, la prunelle choquée.

 

-Il est si tentant de s’amouracher d’illusions –

 

Il poussa la porte du bouge, s’enferma dans la cabine et appuya son dos contre la porte. Derrière la tuyauterie, un panneau d’aluminium lui renvoya son reflet  trouble et oscillant ; La puanteur était à crever et il s’en foutait. Il fit glisser la braguette de son Levi’s moulant, puis baissa son jeans fébrilement. Ses mains tremblaient de nouveau. Il fit remonter la droite, lentement, referma ses doigts crispés, les yeux clos. On  venait d’entrer dans les toilettes - les deux anglaises -  l’une tenta d’ouvrir la porte. Il laissa échapper un soupir délictueux et se mordit la lèvre pour étouffer un gémissement, mais c’était trop tard. Ses jambes flageolantes se dérobèrent, il se laissa glisser le long de la porte et tomba en avant les mains sur la cuvette répugnante. La nausée paralysa sa langue, la sueur coulait de ses tempes ; Il se mit à vomir aussi incontrôlablement qu’il avait joui.

 

Elle buvait son café à petites gorgées - pas si infâme [finalement]. Elle vit ressortir les deux filles des chiottes, gloussant comme des baleines. Elle ne s’en inquiéta pas parce qu’elles étaient adipeuses et moches, bien qu’il y en ai eu des pires, avant et après.

Le café était une autre addiction : Il l’empêchait de fermer l’œil mais c’était une prolifique extasie ;

Il émergea enfin, le teint verdâtre, tanguant sur ses jambes fines jusqu’à la table et, quand il s’inclina pour s’asseoir, elle crû qu’il allait basculer sur elle.  Elle croisa son regard vitreux et baissa les yeux : Les manches de son trench étaient tâchées de vermillon et luisantes. Mais ils savaient qu’il tiendrait le coup. Ils finirent leurs tasses et puis elle ouvrit soudainement la bouche, laissant malgré tout ses lèvres en suspend, et il écarquilla les yeux si grands comme si elle allait proclamer l’heure du jugement dernier, c’était insupportable, elle aurait balancé n’importe quoi. Elle connaissait ce regard à la con. Elle se ravisa.

 Il se leva et lui tendit bêtement la main. Elle ne la prit pas mais ils marchèrent côte à côte dans le vent jusqu’à la voiture. Une autre petite demi heure de route sous la bruine dans la nuit tombante, les haut-parleurs contrariés par le cadavre, le silence convenu et la nécessité de la pose, self control implacable, et pour lui de ne pas s’assoupir, les ongles enfoncés dans le caoutchouc du volant. Bientôt se serait les néons et le bruit, et derrière leurs verres teintés le désir de l’insouciance du passé. Elle ferma les yeux, la tempe appuyée contre le verre glacé de la vitre ; Elle sombrait lentement dans l’abandon du glissement des voitures sur la chaussée trempée, ponctué par instants d’une de ses quintes de toux étouffées et acerbes. Et de nouveau : C’était un moment presque

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La luminosité grise du milieu de mâtinée s’infiltrait entre les rideaux. Ses membres étaient engourdis, ses oreilles sifflaient légèrement. Elle se rappelait avoir eût très chaud, le front baigné de sueur,  mais à présent c’était une froideur lancinante qui l’avait tirée du sommeil. Bien entendu, la chambre était vide.

 

Et elle n’aurait pas besoin de se lever, de regarder par la fenêtre pour savoir que la voiture n’était plus sur le parking de l’hôtel depuis longtemps. Elle n’aurait pas non plus envie de découvrir les deux cent euros déposés en liasse sur la coiffeuse, ni ce mot vicieusement prévisible qu’il ne serait même pas nécessaire de lire…

 

 

 

 Quelque part, des gens s’éveillaient crevaient et chiaient.

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